velo sport beaumontois : site officiel du club de cyclisme de BEAUMONT - clubeo

Entretien avec Nicolas Geay

26 janvier 2019 - 12:48

Entretien avec Nicolas Geay

par Romain Gitton 26 janvier 2019 Social Media     

La saison cycliste viens à peine de débuter, l’occasion était idéale pour s’entretenir avec l’un des journalistes les plus connus dans le cyclisme français : Nicolas Geay. Carrière, livre, actualité, nous avons pu échanger longuement avec celui qui nous a fait vivre le Tour depuis l’arrière du peloton à bord d’une moto, où bien dans la cabine, notamment pour la dernière Flèche Wallonne en tant que commentateur.

WeSportFR : Bonjour Nicolas, merci de nous accorder un peu de ton temps. Raconte nous comment en es-tu arrivé à commenter la plus grande course du monde.

Nicolas Geay : J’ai débuté à France Télévisions en 2001, j’étais stagiaire pour Stade 2.

Ensuite je suis passé dans pas mal de rédactions comme l’Équipe ou Eurosport entre autres.

Je suis revenu à France TV en 2003, d’abord pour travailler sur le JT de 13h et 20h, puis de retour à Stade 2 en 2004.

En 2006 j’ai vraiment commencé à faire des reportages sur le vélo et en 2011 j’ai eu la chance d’accéder au Tour en étant sur la moto à l’arrière du peloton. Mais en 2016, avec le départ de Gérard Holtz, j’ai eu envie de changer, j’avais l’impression d’avoir fait le tour de l’exercice à moto.

J’ai donc pris le relais de Gérard sur le protocole d’arrivée, c’est un exercice différent mais que j’apprécie tout autant. Parallèlement, je commente certaines courses en remplacement sur le Tour, puisque la loi oblige à un jour de repos dans la semaine pour les journalistes.

WSFR : Que préfères-tu alors entre être sur la moto et commenter ?

N.G : Commenter, c’est le rêve de tous. On est vraiment le maître d’orchestre de la course, c’est sur nous que repose un peu les clés. C’est vraiment deux exercices différents. Il n’y en a pas un que je n’aime pas faire mais être dans la cabine et commenter c’est vraiment génial !

WSFR : Tu as sorti un livre en octobre dernier parlant des grands cols cyclistes, lequel préfères-tu ?

N.G : Alors c’est un col que vraiment peu de personnes connaissent, d’ailleurs c’est une montée sèche. Il s’agit du celle de Troumouse (Hautes-Pyrénées). C’est un col que Martin Fourcade m’avais conseillé, elle est vraiment exceptionnelle alors que pourtant peu de monde connaît cette montée.

WSFR : Quelle est ta course favorite en tant que suiveur ? Et en tant que simple spectateur ?

N.G : En tant que suiveur, il n’y a même pas de question à se poser. D’ailleurs ce n’est même pas ma course préférée en tant que suiveur, ce n’est même pas une course, c’est hors normes. Paris-Roubaix évidemment, vivre cet enfer sur la moto c’est quelque chose d’exceptionnel, on se rend vraiment compte du courage de ces gars. C’est une course vraiment bien à part. En tant que simple spectateur, j’aime vraiment le Tour de Lombardie. Cette course a une vraie histoire qui se dégage. J’étais vraiment content de voir Thibaut Pinot la remporter au mois d’octobre, c’était une victoire de grande classe.

WSFR : Il y a une/des courses qui t’ont marqué en tant que journaliste/spectateur ?

N.G : C’est vraiment trop difficile d’en sortir une seule. L’étape d’Andorre en 2016 avait été dingue par les conditions climatiques : 40-45 degrés, un orage d’une rare violence avec d’énormes grêlons, une course dantesque depuis la moto. L’Izoard en 2017, la première arrivée en haut avec la victoire de Warren Barguil, c’était une étape dingue. J’ai d’ailleurs un autre souvenir avec Warren, c’était le Galibier la veille de la victoire de Warren. Romain Bardet et Warren Barguil avaient attaqués sans cesse le groupe maillot jaune, une vraie grande étape. Sinon en vrac je pense au CLM de Cadel Evans en 2011 qui lui fait gagner le Tour. Mon premier CLM sur la moto, j’avais reconnu le parcours avec lui pendant le Dauphiné et voir ses trajectoires et le travail accompli qui se réalise, c’était grand. La chute de Contador lorsque Nibali gagne à la Planche des Belles Filles et l’étape de Zélande avec les bordures avaient été toutes aussi impressionnantes à moto.

WSFR : As-tu déjà pensé à faire autre chose dans le vélo ? Travailler dans une équipe ?

N.G : On ne me l’a jamais proposé, et à vrai dire j’ai une telle chance d’être à France TV que je n’y ai jamais réfléchi. Je suis un privilégié de pouvoir suivre et commenter le Tour devant des millions de personnes, donc l’idée de faire autre chose ne m’a pour l’instant pas traversé l’esprit.

WSFR : Sur la saison qui vient de s’écouler, quel a été le moment le plus fort pour toi ?

N.G : La victoire de Julian sur la Flèche, déjà parce que j’ai pu la commenter. Je m’entends vraiment bien avec Julian et voir qu’enfin tout son talent paie après son année 2017 malheureuse avec sa blessure, c’était vraiment un bon moment.

La victoire de Thibaut Pinot en Lombardie était une victoire de grande classe aussi, surtout que j’aime cette course comme je te l’ai dit tout à l’heure donc j’ai vraiment trouvé Thibaut très fort. Après forcément, il y a les mondiaux, je ne m’enlève toujours pas de la tête cette image d’hélicoptère avec le trio bleu en tête.

A ce moment, je me dis : “c’est bon, un des trois va gagner”, puis Julian craque avec ses crampes, on lui a sûrement mis trop de pression et ça a lâché. Ce qu’a fait Bardet est très fort, malheureusement, je pense que seul Julian pouvait battre Valverde au sprint.

La course de Thibaut Pinot est exceptionnelle, mais c’est presque frustrant de ne pas avoir su si il aurait pu gagner sans tous ses efforts. J’étais à l’arrivée, fier de l’équipe de France, mais avec un peu d’amertume du résultat.

WSFR : Au fil des années, le Tour perd en dynamisme, aurais-tu une idée pour le rendre plus passionnant ?

N.G : Le tour sera toujours moins passionnant que le Giro ou la Vuelta, c’est le moment le plus attendu, toutes les équipes jouent une grosse partie de leur saison dans cette course. Les effectifs sont plus faibles sur les deux autres grands tours, la course est donc plus ouverte. La seule chose qui pourrait être appliquée c’est un salary cap, pour éviter les superteams comme la Sky. Je ne comprends pas qu’une équipe puisse avoir Froome, Thomas, Kwiatkowski et Bernal dans ses rangs.

WSFR : En parlant de Sky, que penses-tu de l’affaire Froome qui a touché le monde du cyclisme l’année passée ?

N.G : C’est vraiment pas bon pour le cyclisme. Il a été mis hors de cause, il n’y a pas de contrôle positif mais évidemment c’est pas bon pour ce sport. Il y a beaucoup d’affaires sur les AUT, c’est toujours un élément délicat, c’est le côté sulfureux de la domination qui veux cette affaire.

WSFR : Le débat sur les AUT est donc relancé, quelle est ta position ? Faut-il tout interdire ? Réguler davantage ?

N.G : C’est difficile, je pense que la position du Mouvement pour un Cyclisme Crédible (MPCC) est juste. Si un coureur est malade, il ne doit pas prendre le départ. L’UCI est précurseur avec les réformes notamment sur le Tramadol. Il y aura toujours ce problème, comme pour les corticoïdes, on sait bien qu’au fond certains ne l’utilisent pas qu’à des fins médicales.

WSFR : Parlons de la saison qui viens de débuter. Qu’as-tu pensé du mercato ?

N.G : Plutôt calme en soi. Je trouve le recrutement des équipes françaises plutôt intelligent.

La FDJ a réussi un beau coup avec Küng notamment pour les rouleurs, en sachant qu’il y a un chrono par équipes sur le Tour. Arkéa a joué un beau coup avec Greipel, même si il est vieillissant, il pourra prendre entre 5 et 10 victoires cette saison. Pour Vital, c’est solide avec Rolland et Vichot, mais cela dépend de la forme qu’ils ont. Est-ce les coureurs capables de remporter respectivement une étape sur le Tour et un championnat de France ? C’est la vraie question.

Mais au moins, Bryan Coquard aura moins de pression, je pense qu’il a trop subi le fait d’être seul leader la saison passée. Enfin pour Direct Energie, Jean-René Bernaudeau a fait un véritable pari en prenant Niki Terpstra, son recrutement est vraiment basé sur les classiques flandriennes et cela pourrait se payer sur le Tour. Pas grand monde peut gagner une étape dans l’équipe hormis Lilian Calmejane.

WSFR : Quelles sont tes prédictions pour 2019 ?

N.G : Un Sagan très fort sur les Flandriennes et sûrement en route pour un nouveau maillot arc-en-ciel.

J’ai vraiment hâte de voir ce qu’il fera sur Liège-Bastogne-Liège.

C’est une course que je vais suivre avec beaucoup d’intérêt cette année.

Bien sûr Julian sur les Ardennaises. J’ai hâte de voir aussi le retour de Thibaut Pinot sur le Tour.

J’attends aussi une grosse saison de Nacer Bouhanni, il est en fin de contrat et si il veut rester dans une belle équipe du peloton, il devra faire ses preuves, il sera revanchard.

J’attends aussi Milan-San Remo, je pense que Romain Bardet peut vraiment tirer son épingle du jeu, il a vu comment Nibali a gagné et il a les mêmes qualités de grimpeur-puncheur et c’est un excellent descendeur, il peut s’imposer.

WSFR : Dernière question : préfères-tu poser les questions ou bien y répondre ?

N.G : Poser les questions c’est plus naturel pour moi, mais j’aime bien y répondre aussi, c’est plus facile, seulement, cette fois c’est toi qui fait le travail (rires).

Encore un énorme merci à Nicolas Geay pour l’entretien qu’il nous a accordé, on lui souhaite évidemment une très belle saison cycliste.

Crédit photo : Twitter

Commentaires